La Saga des Marquises

Un soir, elle était restée plus longtemps que prévu devant la vitrine de M. Sax. Elle était perdue dans ses souvenirs, quand un jeune garçon la surprit : « C’est rare pour une fille d’aimer la musique ! »

Elle sursauta : « Ces instruments sont les plus beaux du monde ! »

1862. La jeune Éléonore a une oreille exceptionnelle.
Son père devient fou de rage lorsqu’il découvre qu’elle joue de la musique en cachette. Pour lui faire passer l’envie de devenir musicienne, il l’envoie à Paris chez son oncle et sa tante, qui tiennent une blanchisserie. Mais l’adolescente trouve le moyen de se faire embaucher dans l’atelier de fabrication d’instruments du génial Adolphe Sax.

 

La destinée hors du commun d’une famille de musiciennes aux temps de la Commune et des premières Expositions universelles !

Au travers d’une saga historique aux personnages féminins inoubliables et au rythme frénétique, voici l’histoire des premiers cuivres et des débuts du jazz qui se déploie sur deux continents.

Elle arriva par un soir rare de pleine lune et d’orage.
Dans la salle des fêtes de Lille, on célébrait sainte Cécile, patronne des musiciens. Les Crickmouils, fanfare amateur, savouraient les tripes à la mode du Nord. Tous buvaient et chantaient à pleins poumons. Ils trinquaient à l’amour, aux femmes, à l’amitié. Les jupes des serveuses frôlaient de près les mains des musiciens, les regards s’entremêlaient, les sourires se répondaient. Ce 22 novembre 1852, Arsène Leblanc, plombier gazier de son état, premier piston de l’orphéon, se vit décerner la grand-croix de l’Ordre de la Gueule.
Émile, le chef de la fanfare, se leva.
« Arsène, je te décore de l’ordre du plus solide coup de fourchette !
— Et des plus forts coups de gueule ! » insista son voisin.
Arsène se fit un peu prier pour prendre la parole. Il remonta ses bretelles, puis, lentement, se leva en écartant sa chaise, enfonça sa casquette sur ses oreilles et se racla la gorge. Il s’apprêtait à livrer un discours de remerciements qu’il avait appris par coeur, quand la porte du fond de la salle s’ouvrit avec fracas. Une femme trempée jusqu’aux os fit irruption.
« Arsène Leblanc ! Tu es papa ! »
La salle reprit la nouvelle : « Arsène… Papa ! » Les mêmes mots se promenèrent de table en table.
« Trinquons, fêtons le nouveau-né ! »
Arsène n’avait perçu qu’une partie de l’annonce ; il était père et heureux, prêt à célébrer dignement l’événement. Mais il finit par comprendre que...