Un temps pour se séparer (Notes sur Robert Capa)

Pourquoi Robert Capa, qui a pourtant passé vingt ans de sa vie à capturer la mort en acte aux quatre coins du monde, n’a-t-il pas photographié la libération des camps ?

Happé par une exposition organisée à Budapest pour le centenaire du photoreporter, un narrateur-chercheur part sur ses traces. Il voyage à son tour, compulse les archives, prend des notes et construit autour de Capa et de sa mère une fiction psychanalytique qu’il nourrit aussi bien de ses propres obsessions. Déroulant la pellicule d’une existence où la mort ne semble jamais assez proche, il met à l’épreuve sa judéité.
À travers un sujet fascinant, le photographe de guerre et co-fondateur de Magnum Robert Capa, se pose la question du pouvoir de l’image et de la représentation de la Shoah.

"Je suis souvent gêné par les textes psychanalytiques écrits ‘sur’ tel livre, telle sculpture, tel tableau, tel film ; mais je ne suis gêné que lorsqu’ils s’ignorent eux-mêmes. S’ils tiennent explicitement lieu d’exercices psychanalytiques, comme le musicien fait des gammes en vue de pouvoir jouer ensuite à son aise, l’esprit plus agile, s’ils permettent à leur auteur de progresser dans la compréhension de son propre appareil psychique, aucun problème. Mais lorsqu’ils prétendent simplement révéler la vérité subjective d’un artiste au prix d’un travail de recherche et d’élaboration théorique, ils perdent beaucoup de crédit à mes yeux. (…) Dans ce livre, le seul transfert qu’on puisse y observer est le mien, sur Robert Capa. (…) Pourquoi Robert Capa, qui a pourtant passé vingt ans de sa vie à capturer la mort en acte aux quatre coins du monde, n’a-t-il pas photographié la libération des camps ? Ses photographies ne le disent pas. Sa légende non plus. Pour tenter de répondre, j’ai voulu interroger le jeune Endre Friedmann – tel est le nom donné par ses parents au futur Bob Capa –, sa judéité, son lien à sa mère, sa quête compulsive de la mort vivante. Je me suis rendu chez lui à Budapest, j’ai parcouru les archives Capa à New York, j’ai même cru l’emmener avec moi dans un camp de concentration, justement : à Majdanek, en Pologne. Ce que j’imaginais être une reconstruction ou une fiction de lui s’est aussi avéré être, comme pris à l’intérieur, un portrait de moi (passant) par lui. C’est le récit de cet entrelacs qui est livré ici."