J’ai appris à ne pas rire du démon

Trois personnages, un vendeur de bibles, un shérif, un producteur de rap, relatent leur rencontre avec Johnny Cash, dessinant en creux le portrait d’un Américain type, étranger radicalement et fascinant.

Johnny Cash comme un microclimat ou un idiotisme, se droguant pour d’autres raisons que nos raisons à nous ; priant d’une autre façon que nous ; chantant comme nous ne chantons pas ; habité par une mélancolie que nous ne pouvons pas comprendre.

Sauf, à tenter avec tout ça un court roman sur lequel plane l’ombre de Faulkner.
Arno Bertina offre ici une nouvelle version du roman qu’il a publié il y a quelques années, renforçant l’émotion et la justesse de ces personnages tous intimement travaillés, ébranlés, voire changés.

"Le manque est devenu la voie, Johnny » susurre le mauvais génie — qui ne susurre pas, que j’entends comme s’il gueulait, qui gueule dans un hôpital désaffecté, dans une ville fantôme. Le manque est devenu la voie ! Tu peux toujours enregistrer un disque pour vanter le rail qui a fait le pays, et toutes les chansons du vieil Ouest, et puis tu peux aussi en enregistrer un sur les Indiens, et encore un sur les pionniers qui ont travaillé dur, et puis des gospels et des hymnes avec la Carter Family, continue le mauvais génie, et chercher l’absolution de l’Amérique… L’absolution ! L’ABSOLUTION ! Son rire est énorme, caverneux, il désigne comme cendres ses murmures d’avant, toute la nuit. « Vas-y, essaie donc ! Oui, tu peux toujours essayer."